Témoignage émouvant sur le TOC

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Ponctuellement, l’Hôpital Simone Weil de Cannes organise des conférences sur des thèmes variés, mais toujours autour de la santé comme vous pouvez vous en douter.

Nous avons assisté à celle sur les TOC, ces Troubles Obsessionnels Compulsifs qui peuvent gâcher la vie de ceux qui en sont les victimes directes mais également leur entourage, qui sont souvent dans l’incompréhension.

Mais voyons tout d’abord ce que nous dit la définition de Wikipedia :

“Le trouble obsessionnel compulsif (en abrégé l’acronyme TOC) est un trouble psychique caractérisé par l’apparition répétée de pensées intrusives — les obsessions — produisant de l’inconfort, de l’inquiétude, de la peur ; et/ou de comportements répétés et ritualisés — les compulsions — pouvant avoir l’effet de diminuer l’anxiété ou de soulager une tension. Les obsessions et les compulsions sont souvent associées (mais pas toujours) et sont généralement reconnues comme irrationnelles par les personnes sujettes au TOC mais sont néanmoins irrépressibles et envahissantes, diminuant le temps disponible pour d’autres activités et menant parfois jusqu’à la mise en danger. Elles ne se fondent généralement pas sur des interprétations délirantes.

Les symptômes peuvent s’exprimer de façon très variable d’un patient à l’autre (incluant phobie de la saleté, lavage des mains, vérifications répétées, obsessions sexuelles).

Approximativement entre un tiers et la moitié des adultes présentant un TOC rapportent que les premiers symptômes sont apparus dans l’enfance.”

Je pense que cela correspond à peu près à ce que tout le monde s’imagine de cette maladie “psychologique” mais lorsqu’une personne qui en est atteinte prends la parole pour exposer son propre ressenti, je vous assure que ça ne fait pas le même effet qu’une froide définition sur internet…

L’audience, composée de médias, de professionnels de la santé, de malades et d’ex malades, passe ainsi par plusieurs émotions : la curiosité, l’étonnement, l’émotion, la compassion, le respect, l’admiration et parfois même le rire grâce à quelques touche d’humour dont Stéphane Descamps a su faire preuve, malgré la gravite de sa situation !

Cannes Tendances vous livre son témoignage mot pour mot ici :

 
 

Bonjour,

J’ai aujourd’hui 45 ans. Je voudrais témoigner de mon parcours difficile contre les troubles obsessionnels et compulsifs (T.O.C.) et expliquer comment j’ai quasiment réussi à m’en sortir.

Mes T.O.C. ont débuté à l’âge de 21 ans. Au début de mes études d’ingénierie en informatique, j’ai attrapé 3 gastro-entérites très éprouvantes à 1 semaine d’intervalle.

C’est de là que mon premier T.O.C. est apparue : le T.O.C. de contamination. J’ai eu une peur excessive d’attraper des virus ou des microbes. J’ai commencé par avoir peur de serrer la main de mes collègues, de toucher les poignées de porte ou encore d’embrasser des gens.

Quelques années plus tard sont apparus progressivement et de manière chronique une dépression majeure, des troubles du comportement alimentaires importants et plusieurs autres types de T.O.C. notamment :

Des T.O.C. de propreté : c’est-à-dire la peur de se sentir souillé après avoir touché certains objets. Par exemple, je mettais chez moi des objets en quarantaine plusieurs jours dès qu’ils venaient de l’extérieur. Aussi, il m’arrivait de passer plus d’une heure et demie pour prendre ma douche ou encore aller aux toilettes.

Des T.O.C. de malheur : c’est-à-dire la peur que je sois à l’origine d’une catastrophe ou d’un malheur chez autrui. Par exemple, si je tournais un couteau en direction d’une photo de ma famille, je pouvais leur faire du mal à distance. Ou encore si je voyais un avion et que je pensais la phrase « casse-toi la gueule », l’avion aurait pu s’écraser… Cela parait ridicule à dire mais quand on vit avec cette forte angoisse on se sent très mal.

Des phobies d’impulsion ou autrement appelées des impulsions agressives. Par exemple, je me vois en train de tuer un proche de ma famille avec un couteau en mangeant. Ou encore j’ai des pensées d’insulte envers les gens ou envers le Christ ou Marie. Cela me faisait fortement souffrir car je suis fort catholique et j’aime ma famille. C’est complètement à l’opposé de mes valeurs profondes.

Des T.O.C. à thème religieux : c’était des luttes incessantes entre le bien et le mal. Dès que j’avais une pensée négative, je l’annulais ou alors je faisais une prière. Certaines journées il m’arrivait d’avoir de mauvaises pensées 2 fois par minutes. J’ai fait le calcul, cela faisait environ plus de 1200 rituels d’annulation par jour… !

A titre de comparaison, c’est comme si vous essayez de chasser une musique de votre tête mais qu’elle revient irrémédiablement. Là c’est équivalent avec ce T.O.C. Au plus je luttais pour ne pas avoir ce genre de pensées négatives, au plus cela entretenait le rituel. C’était devenu un enfer. C’était épuisant.

Il m’est même arrivé pendant une période de me frapper sur le visage quand j’avais de mauvaises pensées pour me punir tellement j’avais l’impression de commettre une faute impardonnable. Cela entrainait de ce fait une forte culpabilité et une grande mésestime de moi-même.
Des T.O.C. de lenteur : j’agis de manière moins rapide que la moyenne des gens. Tout cela pour contenir le stress, par hyper contrôle et par peur de faire des erreurs.

Donc niveau T.O.C. comme vous pouvez le constater, j’étais bien servi… !

Ce qu’il faut bien comprendre c’est le niveau de souffrance de cette maladie. On parle beaucoup dans les médias du caractère ridicule des T.O.C. Mais ce qu’il faut saisir c’est que les T.O.C. engendrent des niveaux d’angoisse terribles. Ce sont des luttes, des combats incessants qui commencent dès le réveil et qui s’arrêtent au couché. C’est une maladie épuisante.

Cela était un véritable enfer lorsque je devais combiner mon travail et les T.O.C. Mon travail était complexe et fort stressant. J’ai fait trois burn-out pendant ma carrière professionnelle qui m’ont amené à être mis en invalidité. Je m’endormais sur mon poste de travail et j’allais me reposer dans les toilettes de l’entreprise par exemple. On me critiquait pour mon manque de productivité. J’avais une grande perte de confiance en moi.

Ce qui est aussi important de comprendre, c’est que le T.O.C. est un trouble anxieux et non un signe de folie ou d’idiotie. J’ai un Bac+5 et j’ai gardé mes facultés intellectuelles.

Je voudrais également rajouter qu’à leur extrême les T.O.C. peuvent être de véritables tortures mentales. Cela entraîne une forte isolation sociale. On se retrouve seul chez soi dans sa prison intérieure à lutter contre ses démons intérieurs.

Je voudrais rajouter dernièrement que les T.O.C. peuvent devenir invivables pour la personne qui en souffre mais aussi pour l’entourage, la famille, le conjoint. Les proches ont beaucoup de difficulté à nous comprendre. Il faut agir avec tact et justesse pour vivre avec une personne souffrant de T.O.C.

Les répercussions sur la vie peuvent alors être très importantes : disputes, séparations, divorces, dépression, licenciements, mise en invalidité, hospitalisations, etc…

Mais je voudrais vraiment lancer un message d’espoir. Il est possible d’avoir un état de rémission. Grâce à l’aide de plusieurs thérapeutes, aux médicaments, à la thérapie comportementale et cognitive (TCC) et aussi grâce à plusieurs hospitalisations, j’en suis maintenant guéri à 90%. On peut donc avoir une nette amélioration.

Dorénavant ce n’est plus mon T.O.C. qui dirige ma vie, c’est moi qui décide comment la gérer. Je ne suis presque plus dépressif. J’ai maintenant des activités tous les jours dont faire du bénévolat, prendre des cours de chant, faire de la musique et faire de la natation entre autres.

C’est vraiment la TCC avec l’exposition graduelle à mes angoisses et d’autres techniques qui m’ont permis de m’en sortir. Cela demande de la patience et de la persévérance mais c’est une thérapie qui a montré son efficacité et qui paye.

Même si tout n’est pas encore résolu, je peux dire que je suis maintenant heureux.

Stéphane a tenu à apporter quelques précisions à son témoignage :

Je vous explique ci-dessous les étapes à suivre qui m’ont permis de m’en sortir :

1ère étape : choisir un thérapeute compétent qui fait des vraies TCC (en vous donnant des exercices à faire chez vous). Ne pas hésiter à changer de thérapeute si vous sentez que vous n’avancez pas. Dans mon cas, j’ai dû essayer au moins 5 thérapeutes avant de trouver le bon. Mais cela peut aller beaucoup plus vite. Pour vous aider, vous pouvez utiliser le site suivant qui répertorie les thérapeutes faisant des TCC :
https://www.aftcc.org/carte_membres

2ème étape : si vous souffrez de dépression ou que vous avez des T.O.C. sévères, trouver l’antidépresseur le plus efficace. Cela peut être long avant de trouver celui qui nous convient le mieux. En tout cas, c’est une étape importante.

3ème étape : voici la liste des différents types de T.O.C. avec des solutions qui m’ont aidé.

T.O.C. de propreté ou de la contamination : c’est la TCC qui est la plus utile pour ce T.O.C. Elle permet une exposition graduelle à vos angoisses. Par exemple, vous commencez par toucher des objets les moins souillés en premier lieu. Vous ne vous lavez pas les mains pendant 1 heure, puis 2 heures, etc…
Vous augmentez ensuite la difficulté des expositions.

T.O.C. de malheur et de la pensée magique : la meilleure des solutions est l’expérimentation. C’est-à-dire se confronter à sa peur et en tirer des conclusions : j’ai eu telle pensée et je n’ai pas ritualisé et il n’est arrivé aucune catastrophe. Donc pourquoi continuer à ritualiser ? Osez donc, expérimenter !

T.O.C. lié aux mauvaises pensées : bien comprendre qu’au plus vous luttez contre ces pensées par des rituels et au plus vous en avez peur, au plus vous les renforcez. Surtout ne vous jugez pas et ne vous culpabilisez pas. La solution est de les laisser passer sans s’y accrocher. Ce lâché-prise est similaire à celui utilisé en méditation : le laisser couler. Cela prend une demi-seconde. Vous continuez à faire ce que vous étiez en train de faire tout simplement. Vous n’accordez aucune importance à ces pensées si elles reviennent.

Les phobies d’impulsion : comme pour les T.O.C. liés aux mauvaises pensées, ne vous jugez pas, ne vous culpabilisez pas et n’en ayez pas peur. Ce qui est important de comprendre c’est que vous ne passerez jamais à l’acte. A titre d’exemple, cela ressemble à une personne qui a une phobie des araignées. Cette personne ne va jamais se ruer sur des araignées pour les toucher.

La solution est identique aux T.O.C. liés aux mauvaises pensées : vous laissez passer les images comme si vous regardiez un film.

Voilà je vous souhaite le meilleur dans votre lutte contre les T.O.C.

Continuez et persévérez, c’est la clé de la réussite !

 

Nous remercions Céline Jacob pour avoir permis ce témoignage poignant et pour son rôle primordial au sein de l’AFTOC.

L’AFTOC, Association Française de personnes souffrant de Troubles Obsessionnels Compulsifs, association loi 1901, créée en 1992 sous la dénomination AFTOC-Tourette,  restructurée sous la seule dénomination AFTOC en 1997, est présidée actuellement par Pierre PRAT.

Elle est constituée de malades, ex-malades, familles de malades et médecins sympathisants.

Elle a 3 objectifs principaux :

1/ Aider les malades et leur famille à mieux comprendre les TOC, qui touchent 2 à 3 % de la population française de tout âge aussi bien les hommes que les femmes, par l’intermédiaire d’un bulletin trimestriel « Le Défi Emotionnel »

2/ Participer et soutenir les actions de recherche pouvant contribuer à une meilleure prise en charge des personnes en souffrance…

3 /Organiser des groupes de soutien pour que les malades et leurs proches puissent échanger des informations et s’aider mutuellement GROUPES DE PAROLE

Pour plus d’informations (et d’aide), veuillez consulter leur site internet à l’adresse suivante : http://www.aftoc.org

 
 

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